lundi 11 avril 2022

La violence et la guerre

 

La représentation de l’autre

 

La motivation de l’envahissement de l’Ukraine prend comme prétexte

l’idée qu’une partie des Ukrainiens soit fasciste

et qui oppresse ceux qui ne le seraient pas

en étant restés fidèles aux valeurs de la sainte Russie,

imperméable aux mœurs dissolus et innommables de l’occident.

On entend dans le discours de la rue

qu’il conviendrait

d’exterminer les fascistes qui peuplent tout l’occident de l’ouest.

 

 

La faculté de la pensée

 

La faculté d’attribuer

des intentions et des attributs de vie et d’action à l’autre

sans être allé chercher la réalité des faits au-delà des apparences

conduit à penser que l’autre

par sa vie ou par une volonté délibérée 

remet en cause mes croyances

que je perçois comme des vérités.

Cette faculté de la pensée conduit à imaginer que l’autre est un agresseur

ou que l’autre parce qu’il vit bien

est un nantis et un privilégié

Sans effort il obtient tout ce dont il a besoin.

C’est un mécréant qui n’est pas punis de ses fautes et de ses malveillances

au regard de la société

qui me contraint à vivre 

 avec effort dans l’indigence.

 

 

 

Les manières de vivre différentes de l’autre,

ses mœurs ne respectant pas mes valeurs 

remettent en cause les modes de vie de ma propre communauté.

Cette remise en cause conduit de la même manière

à diaboliser les autres

et donc à les rendre dangereux pour sa propre survie.

Ainsi, les sujets du groupe sont perméables et sensibles à tout appel

 invitant à une croisade pour les éliminer.

Le massacre des italiens des salins d’Aigues Mortes en 1893

Les multiples pogroms envers les juifs dont l’Allemagne Nazie s’est distinguée parmi tous,

Les différents génocides,

Comme les massacres ethniques ou les actes terroristes

sont l’expression contemporaine

des mythes annonciateurs de ces comportements

dès les origines de l’humanité

dès qu’elle a pu écrire et penser sa vie en société selon le principe de la rivalité.

 

 

La rivalité entre frères 

 

Le mythe de

Caïn est celui que je préfère

Croire que son frère vivant paisible est favorisé par dieu, 

Et le tuer

pour dire à dieu sa colère

qu’il n’ait pas apprécié son offrande comme il se devrait

Est une histoire fabuleuse !

Je tue mon frère car je suis en colère contre l’idée que je me fais d’un dieu dont je ne suis même pas sûr qu’il existe, et à qui j’attribue la volonté de me nuire car j’imagine sans aucune preuve que je ne le sers pas comme il faudrait que je le servisse

C’est vraiment fabuleux !

 

 

Le complexe de la rivalité

 

La mythologie de la rivalité fraternelle est le complexe bien plus prégnant pour comprendre la vie des humains

que celui que Freud choisit de mettre en exergue avec le pauvre Œdipe.

La vente de Joseph comme esclave à des caravaniers par ses frères

Les luttes entre Polynice et Etéocle pour la gouvernance de Thèbes

Comme la révolte d’Antigone s’opposant au dictat du dictateur

Sont des histoires

Qui collectionnent les réflexions et les imaginaires

pour comprendre les relations en humanité.

Romulus et Rémus, fondateurs mythiques de Rome ne dérogent pas à la règle

que la rivalité fraternelle

prépare les grands événements de l’histoire des relations de la fraternité des humains.

Il est alors possible de concevoir que le frère de Kiev

Attribue à ses frères le surnom de fascistes

pour justifier la libération de la partie de l’Ukraine

perçue par l’oncle Sam comme un bon allié...

 

 

La faculté à créer des fictions

 

La faculté de l’humain à créer des fictions

est constitutive

de la structure de pensée de Sapiens 

Par la pensée et la conscience de soi,

il imagine les intentions de l’autre

 en fonction de ses propres cheminements de pensée

et de sa vision de la causalité des événements,

que ce soit en bien ou en mal.

 

En bien cela conduit à la coopération,

Comme le manifeste la rencontre de Gilgamesh et d’Enkidou

Dans le mythe original

Qui célèbre la valeur de l’amitié et de l’union des efforts

pour vaincre l’adversaire.

 

En mal cela conduit à imaginer

 que l’autre me veut du mal inévitablement et nécessairement :

"l’homme serait un loup pour l’homme"

nous enseignent faussement

Plaute, Hobbes et Marx.

 

 

Le tragique

 

Cette vision a fort souvent dominé dans la lecture de l’histoire

Oubliant de rappeler et de raconter

tous les gestes de bravoure et de fraternité coopérative

Elle a été et elle est

à l’origine de la tragédie humaine.

Le théâtre et ses mises en scène sont là

pour le rappeler et pour le présenter

comme si cette tragédie ne pouvait pas être évitée.

 

 

 

La quête de la vérité

 

Contre cette tendance spontanée

à attribuer des représentations en forme de fiction,

s’est constituée depuis les premiers philosophes et mathématiciens astronomes

la quête de la réalité des choses

La démarche commune a consisté

« à lever le voile »

A-létheia

que les perceptions sensorielles spontanées et évidentes et donc subjectives

jetaient sur la réalité.

L’objectif était

d’accéder à la réalité

des observations, des phénomènes et des intentions des autres.

 

Cette quête de la « vérité » comme démarche

a été brutalement interrompue

par les réflexions sur l’incapacité du langage à représenter la réalité :

La pensée n’énonce que des représentations.

Elle n’accède pas exactement à la réalité.

La carte est différente du territoire.

Les représentations sont subjectives.

Elles dépendent du point de vue de leur auteur.

 Celui qui de sa place voit un 6

n’est pas dans la position pour voir que la trace qu’il observe est un 9.

 

Ces allégations partielles ont fondé le règne de l’opinion

 

La faculté de représentation subjective

conduit à produire des opinions.

Lorsqu’à été établi le fait

  • que les opinions sont à respecter,
  • que chacun peut énoncer ses opinions sans qu’il soit interrogé sur la véracité de ses dires
  • et qu’un système politique a été institué sur ce principe mettant en évidence

          que l’opinion du plus grand nombre prime sur l’opinion des minorités

sans référence à une quelconque méthode d’objectivation des récits

au regard de la réalité des phénomènes

          et qu’elle doit les gouverner,

alors

est établi

le principe de la violence humaine des plus destructrice.

En effet

 celui qui a édifié son opinion comme la vérité,

s’il possède le pouvoir que lui a conféré le plus grand nombre

alors

il n’est plus en mesure d’entendre la version d’un autre.

La vision de l’autre ne peut être considérée que comme fausse

ou comme inopérante

puisque le plus grand nombre porte la sienne.

Celle de la minorité quelle que soit sa valeur

doit se taire ou ne pas avoir d’effet sur la conduite

de l’économie du groupe.

 

 

La révolution des Lumières

 

Les Lumières ont constaté que la vérité

crue par le peuple et leur gouvernant

était une fiction fondée sur aucun critère de vérité ;

cette fiction s’appuyait sur la croyance en une divinité qui accordait le pouvoir aux puissants

Il leur a suffi de démanteler l’organisation de la croyance, pour produire et initier une révolution qui a fait trembler toute l’Europe.

Elle s’est vue opposer une réaction virulente

que seul l’art de Napoléon vaincra un certain temps

jusqu’à sa perte en Russie.

 

De cette expérience de la démocratie et de ses pratiques,

 les conjectures de ces penseurs

se sont incarnées dans la vie publique

si bien qu’il est maintenant communément accepté

que la vérité ne peut pas être atteinte

et donc que les échanges entre les humains

ne peuvent se faire qu’à partir d’opinions subjectives.

Se faisant

la violence est entrée dans le monde

avec une expression inhabituelle,

comme lorsqu’à l’âge de fer la violence avec ses armes nouvelles a conduit à des guerres immensément plus meurtrières que les précédentes.

A Gaugamèles, Alexandre le Grand  (-331)détruit 50000 âmes en une journée

De même la violence des sociétés de l’opinion n’a trouvé aucune limite

sauf celle de la dissuasion des armes nucléaires

ou de la force de la sagesse.

 

 

La place des "intellectuels"

 

La perte de la possibilité d’accéder à la réalité des choses

par la représentation de la structure de toute réalité,

en découvrant sa loi structurelle

est le drame d’une tragédie humaine

qui n’a plus de moyen de se réguler

que par la force et la course aux armements

Il n’y a plus d’autorité de la réalité

Qui imposerait sa contrainte.

 

 

Dans ces conditions

les "sages de l’intelligence" sont les régulateurs les mieux placés

de la politique et de la vie sociale.

Ils rappellent la nécessaire bataille contre le cerveau

qui produit films, fictions et rumeurs de complots.

Ces productions,

lorsqu’elles se transforment en croyances

énoncées et portées par des guides d’opinion ou chef d’Etat

deviennent des noyaux de certitudes

qui rassemblent les foules irraisonnées et irraisonnables ;

bataillons pour l’extermination de ceux qui ne croient pas

à leur manière de voir les éléments de la vie.

 

 

La recherche de la volonté générale

comme le respect des opinions

sans critères de vérité

sont à l’origine même de la violence occidentale

sur-meurtrière et destructrice des patrimoines

nationaux comme internationaux.

Comme la formation à la démocratie

avec la liberté d’expression de toutes opinions à respecter

est le ferment de violences surmeurtrières

Il conviendrait alors impérativement

et absolument d’encadrer

la liberté d’expression

non par la force

mais par l’éthique de la vérité.

Autrement dit, il serait important d’éduquer

les enfants, les jeunes et les citoyens à

Penser contre leur cerveau

Qui produit des opinions

Mais que c’est dur !!!!

jeudi 6 janvier 2022

Radars et dépression sociale

 

On assiste à un phénomène très étonnant

une perte du gout de vivre généralisé

La pandémie en est soi-disant la cause

Il en est une autre

plus subtile et plus persistante

depuis des mois orchestrée

 

Celle que les protecteurs de la vie sur la route

Suscitent, produisent et ajoutent

Ils veulent protéger chacun des « fous du volant »

en leur faisant payer le prix fort leur folie du dépassement

il faut donc traquer ces chauffards du 91, 81 , 31

Et pour cela il faut installer des surveillants

de la minute d’inattention.

 

Ces braqués contre la vitesse

Ces renfloueurs de caisses vides

 fabriquent un sentiment d’insécurité par leur surveillance continuelle

Et quand le pigeon est pris dans le traquenard

Ces soi-disant protecteurs de vie façonnent le ressentiment d’injustice

Car les mécréants : « les vrais »

autrement dit  ,

les vendeurs de stups, les violeurs, les arnaqueurs 

les politiques voleurs de démocratie et créateurs de fausses nouvelles

en s’empochant l’argent des pauvres et des travailleurs

eux ne sont ni traqués, ni arrêtés, ni inquiétés,.

 

Maintenant avec les radars imprévisibles

Ceux qui sont installées dans des voitures banalisées,

ceux des obsédés de la protection routière

ceux-là créent un autre mal être plus immense

Ils produiront une perte de l’esprit d’initiative.

Monsieur le président, messieurs les députés

Votre loi sur les radars omniprésents et masqués

Détruit l’élan de vie de la nation plus que tous les masques

 

C’est absurde de croire aux sirènes des anti-vitesses

Car ce ne sont pas les chauffards qui sont piégés et rackettés,

Mais les honnêtes gens qui par un moment de distraction

se font prendre au piège du radar malveillant dissimulé.

Arrêtez le massacre et rendez la liberté de circuler et de créer

En ne promulguant pas une loi de voleurs des grands chemins

Mais laissez à la liberté le soin d’être attentif à la route

en avertissant qu’un radar va vous contrôler

Ainsi il rappelle l’inattentif à sa responsabilité

Et par l’éveil ainsi réveillé il ne produira aucun accident.

samedi 31 juillet 2021

Activités collectives en CHRS

 


 Activités collectives en CHRS

 

Nous savons, du point de vue génétique, que l’action précède la pensée. Nous avons vu aussi que dans la démarche éducative chez le tout petit (D. Beaudroit R. Michit 2020) comme dans les démarches de rééducation propres à l’éducation spécialisée (jeunes et adultes), l’action précède la pensée (R. Michit 2017). Aristote[1] l’avait déjà intuité, et M. Blondel (1893, 1966), J. Piaget[2] l’ont montré.

Nous pouvons, aujourd’hui, aller encore plus loin dans cette perspective, parce que nous avons démontré que l’action construit les compétences à acquérir lorsqu’elle fait l’objet d’une relecture avec pour objectif l’explicitation des micro processus décisionnels (Michit H et R 1998, et Michit R. 2020).

Dans le cadre de l’éducation en CHRS la vie quotidienne des hébergés est le lieu et le temps naturel pour travailler avec les acteur(trice)s leurs expériences de vie. Elles seront relues, dans l’après coup ; dans le but de renforcer la conscience de soi d’être acteur de sa vie et de renforcer, ainsi, les capacités à prendre les décisions plus ajustées pour adapter ses comportements à leurs conditions de la vie sociale.

Dans le but de stimuler les personnes et leur faire faire des découvertes différentes, proposer des activités collectives en petit groupe est l’occasion de combiner plusieurs aspects de l’accompagnement rééducatif.

Proposer une activité à thème (cuisine, couture, écriture, marches, visites, échanges sur des sujets importants, lectures, films etc.) donne un objectif. Ce dernier stimule la créativité ou la mise en action que l’hébergé n’aurait pas eu seul. Il est ainsi invité à entrer dans des expériences qu’il peut ne jamais avoir faites. Ces temps sont donc très puissants pour apporter des terrains expériences riches en renforcement de compétences.

Comme elles sont réalisées en présence de l’accompagnement, elle procure un autre intérêt sur le plan éducatif. En effet, dans le temps d’activité, l’accompagnant peut percevoir et observer des actions, des attitudes, des phénomènes que l’acteur ne perçoit pas tout seul. Il s’en suit comme il n’est pas en mesure de les voir en les faisant, qu’il ne peut pas les raconter dans la relecture de la séquences des actions qui serait faite après coup. En effet, il, elle, les a faites sans s’en rendre compte. De ce fait, soit l’accompagnant présent peut effectuer une relecture des actions en train de se faire par des questions interrogeant ce qui est en train de se faire. Ce faisant, il permet de faire découvrir des actions qui ne pourraient pas l’être par un entretien d’explicitation réalisé après l’action.

Cette découverte n’est pas sujette à la création d’une réponse défensive de justification (« ce n’est pas ma faute » … « c’est parce que les conditions ne sont pas bonnes » etc…) ou à de la culpabilité car la technique de relecture ne critique pas l’action. Elle demande simplement : « est-ce que vous pouvez me dire ce que vous êtes en train de faire. ? Cette question ramène le sujet dans la représentation de ce qu’il fait alors qu’il ne se voit pas en train de faire. La question l’aide à faire un arrêt sur image. Ainsi il devient possible de reprendre le geste ou l’action sur le moment non pour critiquer son auteur(trice) mais pour la faire découvrir. Ainsi, l’acteur se rend compte par lui-même de l’ajustement ou de l’écart entre l’objectif à réaliser et le moyen mis en œuvre pour l’atteindre.

Soit, il est aussi possible, dans le moment de l’action, de l’arrêter juste pour demander à la personne ce qu’elle a pris en compte pour faire un geste ou une part de l’activité. Ce travail de représentation construit la prise de conscience des éléments pris en compte qui permettent ou pas de réaliser l’action de façon ajustée.

Mais il y a un autre intérêt de la présence de l’accompagnant dans l’activité. Il concerne la relecture des événements qui serait réalisée dans l’après coup de l’activité. Comme l’activité a été faite et vécue avec l’accompagnant, ce dernier dans cette relecture d’explicitation peut revenir sur des moments de l’activité qui ont été oubliés. Il peut prêter sa parole pour rappeler le cours des événements et ainsi remettre la personne dans des moments d’actions qui l’aide à voir les phénomènes ou les événement oubliés. Passés, ils disparaissent de la mémoire. Or, très souvent les moments oubliés sont des moments où les gestes ont été appropriés. Si bien que la compétence - qui se fortifie essentiellement par la relecture des compétences acquises pour les renforcer par la représentation des éléments pris en compte pour les réussir-, ne capitalise pas sur les acquis. Ils se perdent dans la somme des événements insignifiants vécus.

Nous savons que le travail de représentation contribue à renforcer la capacité de représentation de soi. Il renforce donc la fierté et la confiance en soi.

Mais en plus, nous avons établi que l’explicitation des micro processus décisionnels est le moyen d’accroitre l’ajustement des capacités à vivre par la représentation de la prise en compte les événements qui se déroulent et des éléments qui sont perçus au moment des actions que l’activité suscite.

L’activité réalisée en groupe avec l’accompagnant présente un troisième intérêt. En effet, faire en groupe, une activité sans enjeu de concurrence entre les participants, produit une émulation par le groupe avec une possibilité d’échanger entre pairs[3]. La présence du responsable d’atelier permet de renforcer cette « pair aidance » par la relecture des événements de solidarité et par la stimulation et l’accompagnement de l’entraide, afin que celle-ci ne soit le temps où un participant déploie et se présente comme un sachant mieux que les autres en prenant une place d’expert au lieu de prendre celle d’aidant et de partage des compétences. 

 

 

Bibliographie

Blondel, (M), (1893), L'action, Paris, Presse universitaire de France.

Blondel, M. (1966 ) Itinéraire philosophique Paris , Editions Montaigne Aubier-Montaigne

Michit R. (2017) L’action précède la pensée délibértive, blog ACO www.academielabodecision.eu

Michit (2020) les puissants effets de l’explicitation blog ACO www.academielabodecision.eu



[1] Dans l’éthique à Nicomaque en particulier

[2][2][2] Texte « devenir mental et permanence normative » dans fondation J. Piaget

[3] Dossier 2021 « La pair aidance véritable levier d’autodétermination à l’heure de l’inclusion » Cahier de l’actif N° 538-539